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L’Afrique n’arrive pas à maîtriser l’épidémie du Covid-19

MOUSSAYER KHADIJA Spécialiste en médecine interne et en Gériatrie en libéral, Présidente de l’association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS)


L’Afrique a dépassé le 1er août les 900.000 cas confirmés de Covid-19 avec près de 19 000 décès. Le virus est aujourd’hui présent dans chacun des 54 pays d’Afrique. Le Dr Moussayer khadija, présidente de l’association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS) et de l’Alliance des maladies rares au Maroc (AMRM) veut alerter sur l’évolution rapide et inquiétante de l’épidémie au vue de ces chiffres.
Moins affecté longtemps que le reste du monde, le continent africain fait face, à une forte augmentation des cas ces quinze derniers jours. Des mesures précoces et strictes de confinement ont pourtant permis en général, dans un premier temps, de « geler » la progression de l’épidémie.
L’Organisation Mondiale de la Santé s’inquiète de l’évolution de l’épidémie
Bien que les chiffres de l’épidémie soient encore très inférieurs à ceux des pays les plus développés, le directeur des situations d’urgence sanitaire à l’OMS, Michael Ryan, s’est récemment dit « préoccupé » par l’« accélération » des contaminations en Afrique, où les systèmes de santé publics sont défaillants.
Des mesures précoces et strictes de confinement ont, dans un premier temps, « permis de ralentir la progression » de l’épidémie en Afrique, a relevé Mary Stephens, experte du bureau régional de l’OMS en Afrique. Elle prévient cependant que le pic de la pandémie est à venir alors que de nombreux pays ont assoupli trop vite les restrictions.
L’OMS craint même que l’Afrique ne puisse vraiment “affronter” la pandémie. Elle a demandé le 31 juillet aux gouvernements africains de renforcer les tests et la recherche des contacts. Le directeur régional de l’OMS, le Dr Matshidiso Moeti, a même ajouté que les pays africains devraient se rappeler que “personne n’est en sécurité tant que nous ne le sommes pas tous”.
Faisons le point de la situation à partir de l’ensemble des données fournies, notamment par le Centre pour la prévention et le contrôle des maladies de l’Union africaine.
Une zone longtemps à « l’abri » de la crise
L’Afrique a semblé longtemps bien mieux résister que les autres continents au coronavirus. Le premier cas est relevé le 15 février 2020 en Egypte, deux mois après qu’il ait été identifié « officiellement » pour la première fois en Chine. La maladie semblait y progresser plus lentement qu’ailleurs.
On l’expliquait alors par le climat (le virus résiste moins bien dans des conditions chaudes et sèches), par la jeunesse de la population africaine (les formes graves étant liées à l’âge du patient), la faible densité de population jointe au fait qu’elle se déplace moins que celle des pays développés et enfin par une meilleure protection indirecte contre le virus du fait de l’emploi courant déjà courants des antipaludéens dont la chloroquine. La suite des événements a balayé toutes ces hypothèses.
La crainte du retour de l’épidémie au Maghreb
Alors que l’Egypte domine difficilement la situation, la Tunisie, l’Algérie et le Maroc sont confrontés à une croissance forte des cas, ce qui contraint les autorités à revoir leurs mesures de déconfinement et durcir les restrictions. En pleine saison estivale, ces pays craignent le pire Observons la situation dans certains pays.
Algérie
602 nouveaux cas de Covid-19 et 14 décès ont été enregistrés au cours des 24 dernières heures dans ce pays qui comptabilise au total 31465 cas et 1.231 décès. Plus de 3000 professionnels de la santé ont été par ailleurs testés positif.
Depuis le début du mois de juillet, le nombre officiel de contaminations par jour a doublé par rapport à juin, soit aux environs de 500 cas, contre 250 précédemment. Nombre de médecins s’alarment publiquement de la situation catastrophique dans certains hôpitaux.
Les autorités ont reconduit, le 27 juillet, pour 15 jours supplémentaires des mesures de confinement partiel dans 29 wilayas, Le port du masque est par ailleurs obligatoire dans tout le pays.
Égypte
Ce pays est l’épicentre de l’épidémie au Maghreb. Depuis la fin du mois de mai, on relève plus de 1 000 nouvelles infections chaque jour. Le Syndicat des médecins, le syndicat le plus important comptant près de 11 000 adhérents, a mis en garde contre un « possible effondrement total » du système de santé si les autorités ne réagissent pas.
Le pays compte au total 92 947 cas confirmés et 4 691 morts au 29 juillet. Les autorités ont pris des mesures très strictes, en imposant un couvre-feu nocturne depuis le 25 mars. Le pays a commencé son déconfinement seulement depuis le 1er juillet.
Maroc
Après des records de nouveaux cas de contamination dépassant les mille les trois derniers jours de juillet, le royaume a enregistré 693 cas le 1er août et 522 le 2. Le chef de la division des maladies transmissibles au ministère de la Santé, Abdelkrim Meziane Belfkih, a déclaré, lors d’un point de presse donné le 2 août, qu’au total depuis mars, 25 537 personnes ont été touchées, soit 70 cas pour 100.000 habitants, et 382 sont décédés du coronavirus
La Société marocaine de médecine d’urgence (SMMU) et la Société marocaine d’anesthésie d’analgésie et de réanimation (SMAAR) estiment nécessaire de réserver exclusivement l’accès des cas graves au circuit hospitalier, les cas moins graves étant orientés vers les numéros verts, les services de protection civile, les SAMU privés ou les médecins de ville.
Libye
La guerre civile fragilise la lutte contre le Covid-19. Le 29 juillet, le pays répertoriait 3 017 cas déclarés et 67 morts. Parmi les morts, figure Mahmoud Jibril, ex-chef de l’exécutif de la rébellion libyenne, qui a contribué au renversement de Kadhafi en 2011.
Tunisie
Au 30 juillet, le pays a compté 26 nouvelles contaminations, ce qui porte le bilan des cas confirmés à 1.514 et des décès à 50. Le couvre-feu a été levé et le pays est sorti du confinement début mai. Le couvre-feu a été levé et le pays est sorti du confinement le 4 mai dernier.
Les voyageurs venant de pays comme la France ou l’Allemagne ne sont plus soumis à des restrictions. Des touristes français, allemands et luxembourgeois ont ainsi pu venir à Djerba en juillet.
La Tunisie, qui s’en sort plutôt mieux que ses voisins pour le moment, a néanmoins décidé le 27 juillet de réimposer un isolement obligatoire de trois jours aux voyageurs en provenance de pays à risque et qui ne pourraient pas justifier d’un test PCR négatif.
L’Afrique noire dans la tourmente
Cette zone connaît depuis un mois une propagation rapide de la Covid-19. Le taux de mortalité par habitant reste cependant encore faible par rapport à d’autres régions, ce qui s’explique par la jeunesse de la population : plus de 60 % des habitants ont moins de 25 ans.
Quelques exemples de la situation.
Afrique du Sud : L’Afrique du Sud est le pays le plus touché par le virus en Afrique avec, le 29 juillet, 459 761 cas de Covid-19 et 7 257 décès, devenant ainsi le cinquième pays le plus atteint au monde.
Le taux de mortalité y est toujours faible avec 1,6 % des cas. Des chercheurs estiment cependant qu’environ 17 000 décès supplémentaires (la »surmortalité ») n’ont pas été enregistrés depuis début mai, si on compare la mortalité générale de cette année par rapport à celle de la même période en 2019.
Le pays a pourtant débuté le 1er mai son déconfinement mais les restrictions sont encore nombreuses. Face à l’augmentation des cas, un couvre-feu de 21h00 à 4h00 est à nouveau instauré dans tout le pays depuis le 13 juillet. Des tests sont actuellement effectués dans le pays pour la mise au point d’un éventuel vaccin
Bénin : Le 29 juillet, le Bénin enregistre 1 770 cas de coronavirus dont 35 décès.
Il faut noter que le pays est en pointe pour imaginer des solutions pour combattre les virus. Un médecin béninois a ainsi mis en place le Réseau d’échange entre médecins d’Afrique (REMA) qui est présent maintenant dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest. Cette application (déjà disponible sous Android et en septembre sous IOS) fournit aux professionnels de santé un service de collaboration médicale à distance.
République Démocratique du Congo (RDC)
3 200 cas étaient confirmés le 29 juillet, dont 54 morts. La situation semble assez confuse dans le pays depuis le début de l’épidémie. Ainsi, en mai, un médecin, le docteur Denis Mukwege, en charge de l’épidémie dans la région du Sud-Kivu, a alerté le gouvernement sur le risque à venir d’une courbe exponentielle de cas de covid-19 si sa région n’est pas approvisionné en tests. Le chef de la lutte contre le coronavirus de ce pays, le Dr Jean-Jacques Muyembe, s’est plaint le 20 juin de n’avoir reçu que 1,4 million de dollars depuis le début de la crise.
Le vice-ministre de la Santé, Albert M’Peti Biyombo, lui-même, a dénoncé en juillet des réseaux mafieux dans son propre ministère pour “détourner” l’argent destiné théoriquement l’épidémie de Covid-19. Ces réseaux mafieux exigeraient des rétro-commissions jusqu’à hauteur de 35% auprès des organisations bénéficiaires de ces fonds. A Kinshasa, la capitale, les professionnels de santé chargés de la lutte contre l’épidémie ont déclenchés en juillet une grève illimitée car ils ne sont pas payés depuis trois mois !
Guinée équatoriale
La Guinée équatoriale comptait 3 071 cas déclarés et 51 décès le 29 juillet,
Le président Teodoro Obiang Nguema subit de fortes critiques pour sa gestion de la crise. Le pays en effet ne publie aucun bilan quotidien des nouveaux cas de malades et il a même exigé le départ de la représentante de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour avoir « falsifié » selon lui les statistiques sur le nombre de contaminations.
Kenya : le nombre de cas a triplé en un mois, avec près de 18 000 contaminations confirmées, dont 285 décès. le président Uhuru Kenyatta a décidé dernièrement de prolonger d’un mois le couvre-feu et de ne rouvrir les écoles primaires et secondaires qu’en janvier 2021.
Nigeria : Le Nigeria a beaucoup de mal à contenir la pandémie. Poids lourd démographique du continent avec ses 200 millions d’habitants, il est le deuxième pays le plus touché en Afrique subsaharienne avec plus de 41 000 cas, dont au moins 860 morts.
Sénégal : Il compte officiellement, au 29 juillet, 9 805 cas de contamination et 198 morts. La première victime de l’épidémie dans ce pays est Pape Diouf, l’ex-entraîneur de football, bien connu des français, décédé dans un hôpital de Dakar le 31 mars.
Zimbabwe
2 817 cas ont été déclarés au 29 juillet dont 40 morts. Le confinement a frappe durement la population qui, privée de travail, éprouve de graves difficultés à se nourrir.
Le ministre de la Santé a été limogé début juillet. Il est soupçonné de corruption pour avoir octroyé sans procédure ad hoc un contrat de 20 millions de dollars à une société de Dubaï pour la fourniture de tests de dépistage et d’équipements de protection contre le Covid-19.
A la même époque, des infirmiers en grève ont manifesté devant l’hôpital de la capitale, Harare, pour obtenir des hausses de salaires.
Signalons enfin deux cas atypiques et plutôt dramatiques. Le président de Madagascar, Andry Rajoelina, s’évertue à vanter les vertus d’une tisane contre le Covid-19 à base d’Artémisia annua. On attend toujours une étude scientifique qui pourrait confirmer ces dires. En attendant, l’épidémie flambe dans le pays, même si pourtant cette tisane a été largement distribuée gratuitement. Quant à la Tanzanie, son président, John Magufuli, affirme tranquillement que le coronavirus ne circule plus et donc qu’il n’y a pas de Covid dans son pays.


L’aggravation de l’épidémie risque encore plus d’hypothéquer l’avenir économique des pays africains, d’autant plus que ces pays ont souvent des structures hospitalières fragiles qui risquent d’être rapidement « dépassées » devant le flux brutal de malades. Alors que le nombre de cas en Afrique augmente actuellement à un taux d’environ 6% par jour, de nouvelles politiques pour certains pays et des changementsdecomportements seront certainementnécessaires

pour contrôler la pandémi

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